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Notre plus grand ennemi face au changement ? Nous-mêmes. 

« I don’t like change. » Cette déclaration franche de mon plus jeune fils à une suggestion de son frère, lors du déjeuner de Pâques résume avec une simplicité désarmante l’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés dans la vie – notre propre immunité au changement. Que ce soit dans notre carrière, nos relations ou notre développement personnel, le changement est inévitable et pourtant, nous y résistons souvent avec une ténacité étonnante. 

La réalité du changement est truffée de complexité, surtout lorsqu’on considère une découverte alarmante : une étude soulignée par Robert Kegan, PhD et , Lisa Laskow Lahey, Ed.D., de l’université d’Harvard1, révèle que seul un patient cardiaque sur sept, malgré un avertissement sévère de mort, parvient à modifier son mode de vie pour le mieux. Cette statistique n’est pas juste une anomalie médicale, mais une représentation frappante de la lutte plus large que les individus et les organisations affrontent face au changement. Le dilemme souligne une vérité profonde : le désir, la motivation, et même l’urgence de la vie ou de la mort ne sont pas suffisants pour nous propulser vers le changement. Ces chercheurs ont consacré des années à étudier ce phénomène qu’ils appellent « l’immunité au changement »2. Selon eux :

malgré notre désir sincère d’évoluer et de nous améliorer, nous développons inconsciemment des comportements de protection qui entravent nos progrès. 

Kegan, PhD et , Lisa Laskow Lahey, Ed.D

Au cœur de cette immunité se trouve une dynamique complexe entre nos engagements conscients – ce que nous voulons réellement – et nos engagements cachés, ces croyances et peurs inconscientes qui régissent nos actions. Dans le cas de l’IA, notre engagement conscient peut être d’accepter et d’adopter cette technologie pour rester compétitif, tandis que notre engagement caché est la peur de perdre notre importance ou notre identité face à ces systèmes ultra-performants. Alors que cette technologie révolutionnaire promet d’améliorer notre productivité, notre prise de décision et notre accès au savoir, de nombreuses personnes la voient avec méfiance, craignant une perte de contrôle et un remplacement par les machines.   

Kegan et Lahey expliquent que ces engagements cachés sont ancrés dans nos schémas mentaux profondément enracinés, forgés par nos expériences passées et nos mécanismes de défense pour nous protéger. Ils agissent comme un système immunitaire psychologique, rejetant tout changement perçu comme une menace. 

Mais il existe une solution. Kegan et Lahey proposent une approche en trois étapes pour surmonter cette immunité : 

Un exemple ? Lever l’immunité au changement aux défis liés à l’introduction de l’IA dans l’éducation: 

1. Identifier vos engagements cachés 

Dans le contexte de l’intégration de l’IA à l’éducation, cette première étape consisterait à prendre conscience des croyances, peurs ou résistances inconscientes des différents acteurs (enseignants, établissements, parents, élèves) face à ces nouvelles technologies. Cela peut être la crainte d’être remplacé, le confort des méthodes traditionnelles, l’appréhension face au changement, etc. 

2. Révéler vos contradictions 

Ensuite, il faudrait mettre en lumière les contradictions entre ces freins inconscients et les objectifs affichés d’améliorer l’apprentissage, de s’adapter aux nouveaux défis, de préparer les élèves aux réalités futures, etc. Confronter ces deux niveaux permet de voir comment ces résistances cachées sapent les réelles ambitions de modernisation. 

3. Modifier vos comportements   

Une fois cette prise de conscience effectuée, la dernière étape serait d’ancrer de nouveaux comportements et pratiques alignés sur l’intégration réussie de l’IA : formation des enseignants, expérimentations encadrées, adaptation des programmes, acquisition des équipements adéquats, communication rassurante, etc. Cela permettrait de surmonter ces immunités en adoptant de manière pérenne les changements désirés. 

Cette approche en 3 temps pourrait aider l’ensemble des parties prenantes de l’éducation à lever leurs résistances inconscientes et à embrasser pleinement la transition numérique et le rôle de l’IA dans la modernisation de l’enseignement.  

“The trick about AI is that to get it, we need to change what we’re educating people for because if you educate people for what AI does well, you’re just preparing them to lose to AI. But if you educate them for what AI can’t do, then you’ve got IA [Intelligence Augmentation],”  

Cris Dede3, Senior Research Fellow at the Harvard Graduate School of Education 

Ce processus n’est pas simple, car il implique de remettre en question des habitudes, des croyances et des schémas mentaux profondément ancrés. Il met en avant les défis et la nécessaire vulnérabilité que cela requiert :

Remettre en question de croyances profondes

Nos croyances, valeurs, schémas de pensée se sont forgés au fil des années, façonnés par notre éducation, notre environnement, nos expériences. Ils font partie intégrante de notre identité. Les remettre en cause représente un défi de taille, car c’est ébranler des piliers de ce que nous sommes. 

Faire preuve d’honnêteté radicale

S’engager dans cette démarche demande une très grande honnêteté envers soi-même pour pouvoir identifier et admettre ces engagements cachés, ces peurs et contradictions qui nous font résister au changement. Reconnaître ses propres mécanismes d’auto-sabotage peut être confrontant et douloureux. 

Embrasser la vulnerabilité

Se remettre ainsi en question, renoncer à ses certitudes établies pour s’ouvrir au changement, c’est se placer dans un état de très grande vulnérabilité ; admettre ses faiblesses, ses incohérences, de risquer de se « perdre » soi-même en quelque sorte. Un sentiment inconfortable mais nécessaire pour évoluer. 

L’immunité au changement est un défi universel, auquel même les esprits les plus brillants ne sont pas à l’abri. Après tout, « I don’t like change » est un sentiment que nous avons tous ressenti à un moment ou un autre 

En prenant conscience de nos propres mécanismes de défense face au changement, qu’il s’agisse de l’IA ou d’autres perturbations, et en les confrontant avec courage, nous pouvons transcender cette aversion et embrasser pleinement les opportunités qui se présentent. Car en fin de compte, le changement, aussi déstabilisant soit-il, est la clé de notre épanouissement personnel et collectif. 

Par Géraldine Guillermin.

Cliquez-ici pour retourner à la newsletter du 12 avril 2024.

  1.  The Immunity to Change Approach | Harvard Graduate School of Education
  2. « L’immunité au changement », Immunity to Change: How to Overcome It and Unlock the Potential in Yourself and Your Organization (Leadership for the Common Good), by Robert Kegan, & Lisa Laskow Lahey. Harvard Business Press.
  3. Educating in a World of Artificial Intelligence, Jill Anderson, Harvard Graduate School of Education

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